Le point de vue d'une future enseignante : L’école en réseau, un modèle inspirant pour les milieux minoritaires francophones

Je termine actuellement mon baccalauréat en enseignement secondaire à l’Université Laval. En ce moment, je découvre le modèle de l’École en réseau (ÉER). Je considère le modèle particulièrement intéressant puisqu’il favorise la mise en place d’une communauté de coélaboration de connaissances, favorisant ainsi des apprentissages riches et significatifs. Je trouve aussi très intéressant que ce modèle permette d’offrir plus de services aux élèves et aux enseignants qui se retrouvent en régions éloignées. Découvrir l’initiative de l’ÉER m’a amenée à réfléchir sur l’apport que l’instauration d’un tel modèle pourrait avoir sur les écoles francophones en milieu minoritaire comme celles du Nouveau-Brunswick, ma province natale.

Dans les milieux minoritaires francophones, l’école détient un rôle particulier de socialisation à la culture francophone[1], de transmission de la langue et de maintien des acquis. Au Nouveau-Brunswick, c’est environ 30 000 élèves qui fréquentent les écoles francophones, soit 2.5 fois moins d’élèves que dans les écoles anglophones. De plus, le nombre d’élèves est à la baisse, particulièrement dans le nord de la province. Ainsi, depuis les dernières années, on a assisté à des fermetures d’école et à l’augmentation de classes combinées ou multiâges, c’est-à-dire des classes dans lesquelles des élèves de différents niveaux scolaires se côtoient. Le maintien de la qualité des services offerts dans toutes les écoles francophones représente donc certainement un défi important au Nouveau-Brunswick.

Dans ce contexte, il pourrait être pertinent d’associer des classes en réseau afin de soutenir une pédagogie collaborative, soit celle de coélaboration de connaissances. D’abord, cela permet de créer un environnement collaboratif favorisant l’engagement des élèves dans leur apprentissage. Ensuite, en étant engagé dans des démarches d’investigation collective avec des élèves provenant de milieux francophones diversifiés, chaque élève prend conscience de la diversité de la culture francophone. De plus, échanger avec des élèves francophones qui possèdent des accents différents oblige chacun à adapter sa façon de communiquer. Cela pourrait favoriser la valorisation de la maitrise de la langue française chez les élèves. De cette façon, en plus de favoriser des apprentissages significatifs chez les élèves, la mise en place d’un modèle comme l’ÉER facilite la socialisation à la culture francophone.

Ensuite, dans le contexte du Nouveau-Brunswick, le modèle de l’ÉER pourrait favoriser le maintien d’un apprentissage et de services de qualité dans les écoles en régions éloignées, celles dans lesquelles on observe une baisse du nombre d’élèves, ou celles qui possèdent des classes combinées. De tels résultats ont été observés dans l’ÉER au Québec. Dans plusieurs écoles, les intervenants scolaires ne sont pas sur place tous les jours. Instaurer un tel modèle dans les écoles pourrait faciliter l’accès à des ressources répondant directement aux besoins des élèves en tout temps. De plus, il serait aussi possible de réaliser des séances de formation continue par visioconférence, permettant d’augmenter les interactions entre les enseignants de la province et de diminuer les coûts associés, entre autres, au déplacement de personnel.

Ainsi, il serait intéressant de considérer l’implantation d’un modèle inspiré de celui de l’ÉER au Nouveau-Brunswick et dans les autres écoles des milieux minoritaires francophones canadiens. Cependant, il ne faut surtout pas croire qu’il suffit de fournir des casques d’écoute et des ordinateurs aux élèves pour relever tous les défis liés à la langue et au maintien de la qualité de l’apprentissage et des services dans toutes les écoles. En effet, pour réellement souhaiter relever de tels défis en utilisant le modèle de l’ÉER, il est nécessaire d’adapter les pratiques pédagogiques en classe aux possibilités de ces nouveaux moyens en mettant en place, entre autres, une pédagogie de coélaboration de connaissances.

[1] Au Nouveau-Brunswick, des élèves grandissent dans des milieux minoritaires francophones. Pour plusieurs, les interactions sociales à l’extérieur de l’école se déroulent fréquemment en anglais. La construction de l’identité et du sentiment d’appartenance des élèves face à la culture francophone passe donc par une socialisation à cette dernière. Dans ce contexte, l’école est essentielle à cette socialisation puisqu’elle occupe une place centrale dans la communauté minoritaire francophone. C’est pourquoi la socialisation à la culture francophone est une priorité pour l’école francophone au Nouveau-Brunswick.

Commentaires

Bravo Julie Michaud pour cette belle réflexion alliant votre expérience personnelle au contexte plus large de l'éducation de langue française au Nouveau-Brunswick. En partenariat avec l'ÉER, c'est ce que tente d'amener l'ACELF auprès des écoles de langue française depuis 2 ans. J'ai bien hâte de voir les conclusions que nous pourrons tirer de l'expérience avec les groupes participants aux cyber-échanges durant l'année scolaire 2014-15 (http://www.acelf.ca/echanges-francophones/cyber.php). Une autre initiative comme Acadipedia (http://www.apprendrepourlavie.com/accueilacadiepedia/) encourage aussi les jeunes Acadiens à élargir leurs horizons et prendre leur place dans le cyberespace. Bonne chance dans vos futures fonctions d'enseignante. Vous semblez être sur une voie des plus intéressantes pour cultiver la curiosité et stimuler vos élèves dans un contexte cyber-techno-pédagogique!